L’accord du participe passé avec le pronom « nous » pose un problème récurrent dans les courriers professionnels et les e-mails. La phrase « elle nous a informés » ou « elle nous a informées » met en jeu une mécanique grammaticale précise : ce n’est pas le sujet « elle » qui commande l’accord, mais le complément d’objet direct « nous », placé avant le participe. Identifier la composition du groupe désigné par « nous » tranche la question.
Accord du participe passé avec avoir : le rôle du COD antéposé
Avec l’auxiliaire avoir, le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet. Il s’accorde avec le complément d’objet direct, à condition que celui-ci soit placé avant le verbe. Dans « elle nous a informés », le sujet « elle » n’a aucune influence sur la terminaison du participe.
Le verbe « informer » se construit directement : on informe quelqu’un. Le pronom « nous » occupe donc la fonction de COD. Parce qu’il est placé avant le participe, l’accord se fait avec lui.
Ce mécanisme distingue nettement « informer » d’un verbe comme « parler ». Dans « elle nous a parlé », on dit parler à quelqu’un : « nous » est alors complément d’objet indirect (COI), et le participe reste invariable avec un COI. La question à se poser n’est pas « qui parle ? » mais « le verbe se construit-il avec un complément direct ou indirect ? ».
Pour vérifier, il suffit de déplacer le complément après le verbe. « Elle a informé nous » sonne mal, mais la fonction reste visible : informer quelqu’un, donc COD. Comparez avec « elle a parlé à nous » : le « à » révèle le COI. Le test de la construction verbale tranche à chaque fois.
La distinction entre elle nous a informés ou informées repose donc entièrement sur le genre et le nombre des personnes représentées par « nous ».
Informés, informées, informé : tableau d’accord selon la composition du groupe
Le pronom « nous » ne porte aucune marque visible de genre. C’est le contexte qui détermine l’accord. Voici les cas possibles :

| Composition de « nous » | Accord du participe | Exemple |
|---|---|---|
| Groupe masculin ou mixte (au moins un homme) | informés | Elle nous a informés de la date limite. |
| Groupe exclusivement féminin | informées | Elle nous a informées du changement d’horaire. |
| « Nous » de modestie ou de majesté (une seule personne, homme) | informé | Elle nous a informé par courrier. |
| « Nous » de modestie ou de majesté (une seule personne, femme) | informée | Elle nous a informée dès réception du dossier. |
Le masculin l’emporte dès qu’une seule personne masculine fait partie du groupe. Si trois femmes et un homme composent « nous », le participe prend la forme « informés ».
La forme « informées » n’apparaît que dans un cas strict : toutes les personnes désignées par « nous » sont des femmes, et elles sont plusieurs.
Le « nous » de modestie en contexte professionnel : accord au singulier
Le cas le plus déroutant concerne le « nous » utilisé par une seule personne. Un auteur, un universitaire ou un dirigeant peut employer « nous » pour éviter le « je ». Ce pronom de modestie (ou de majesté dans certains contextes institutionnels) désigne alors un individu unique.
L’accord du participe suit la réalité : si « nous » désigne une seule personne, le participe s’accorde au singulier. Un homme écrira « elle nous a informé », une femme « elle nous a informée ».
Le problème surgit quand le destinataire ou le rédacteur ne peut pas vérifier le genre de la personne derrière ce « nous ». En correspondance administrative, plusieurs pratiques coexistent :
- Reformuler pour éviter l’ambiguïté : « elle a porté l’information à notre connaissance » supprime le besoin d’accorder le participe avec « nous »
- Adopter le masculin singulier par défaut (« elle nous a informé ») quand le genre de l’interlocuteur reste inconnu, ce qui reste la convention la plus répandue dans les usages administratifs
- Demander explicitement la préférence de la personne dans les échanges suivis, ce qui lève toute hésitation pour les courriers ultérieurs
Ce « nous » singulier reste rare dans le langage courant. Il apparaît surtout dans les publications scientifiques, les discours officiels et certains actes juridiques. Confondre le « nous » de modestie avec un vrai pluriel est l’erreur la plus fréquente dans ce type de texte.
Erreurs fréquentes et verbes pièges autour du participe passé
L’accord avec « informer » est souvent maîtrisé une fois la règle comprise. Les fautes persistent davantage avec des verbes dont la construction directe ou indirecte prête à confusion.

| Verbe | Construction | Accord avec « nous » antéposé ? |
|---|---|---|
| Informer | informer quelqu’un (COD) | Oui |
| Prévenir | prévenir quelqu’un (COD) | Oui |
| Parler | parler à quelqu’un (COI) | Non |
| Téléphoner | téléphoner à quelqu’un (COI) | Non |
| Écrire | écrire à quelqu’un (COI) / écrire quelque chose (COD) | Seulement si « nous » = la chose écrite (rare) |
Le piège d’« écrire » illustre bien la difficulté. Dans « elle nous a écrit », « nous » est COI (écrire à quelqu’un), donc pas d’accord. Dans « les mots qu’elle nous a écrits », « qu’ » (les mots) est COD antéposé, et l’accord se fait avec « mots ».
Identifier la fonction du pronom avant de choisir la terminaison reste la seule méthode fiable. Aucun raccourci ne remplace ce réflexe grammatical, que le verbe soit « informer », « prévenir » ou « écrire ».
La règle tient en une phrase : avec l’auxiliaire avoir, le participe passé s’accorde avec le COD placé avant lui. Pour « elle nous a informés », tout se joue sur la composition réelle du groupe que « nous » représente, y compris quand ce pronom ne désigne qu’une seule personne.



